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Tabac

Lutte contre le tabagisme

Dossier réalisé par : Docteur J. Elias médecin du travail
Mots clés : prévention tabac ,lutte contre le tabagisme, prévention du tabagisme, tabac au travail, tabagisme au travail

Première cause de mortalité évitable en France, le tabagisme est considéré comme responsable de 90% des cancers du poumon et de 60 000 décès par an.

Au vu des tendances passées et actuelles de consommation, le nombre de morts liées au tabac risque d’être multiplié par deux à l’horizon 2025.

Ce problème majeur mobilise nombre d’acteurs tant sur le plan administratif, médical qu’éducatif. La lutte contre le tabagisme est une des priorités de santé publique.

Afin de protéger les fumeurs comme les non fumeurs, le Gouvernement a décidé d’interdire de fumer dans les lieux publics, dès le 1° février 2007 pour les entreprises, les administrations, les établissements scolaires, les établissements de santé, et en janvier 2008 pour les cafés, les hôtels, les restaurants, les discothèques.

Sommaire

Composition du tabac et de la fumée

La cigarette contient du tabac, de la nicotine, des agents de saveur et de texture.
La fumée de tabac est un aérosol, un mélange de gaz et de particules. On a réussi à identifier plus de 4 000 substances dans la fumée. Plus de 40 de ces substances sont classées comme cancérigènes (goudrons, benzopyrène …) Des gaz toxiques (monoxyde de carbone, oxyde d’azote, acide cyanhydrique, ammoniac) et des métaux lourds (cadmium, mercure, plomb, chrome) sont aussi présents dans la fumée de tabac.

La nicotine

La nicotine est une substance psycho active, c’est-à-dire qu’elle agit sur le cerveau. C’est elle qui entraîne la dépendance physique à la cigarette et entraîne la majorité des actions psycho-actives de la cigarette comme les actions anti-stress, coupe-faim et stimulante. Elle provoque également une augmentation du rythme cardiaque lors de la consommation de la première cigarette. Cette substance est présente naturellement dans le tabac et sa concentration varie en fonction de la partie de la plante. On la retrouve sous forme de particules en suspension dans la fumée. Toutes les cigarettes contiennent 11 à 12 mg de nicotine, quelle que soit la marque et la mention de légère ou normale.

Les goudrons

Les goudrons proviennent de la combustion de la cigarette. Un fumeur d’un paquet/jour inhale 250 ml de goudrons par an dans ses poumons, soit l’équivalent de deux pots de yaourt. Les goudrons sont la principale substance responsable des cancers liés au tabagisme, ont aussi un effet nocif sur les tissus et les muqueuses. Ils regroupent un très grand nombre de substances (notamment les hydrocarbures, comme le benzène).

Le Monoxyde de Carbone (CO)

Le monoxyde de carbone est un gaz toxique formé par la combustion de la cigarette. Il se fixe sur l’hémoglobine du globule rouge à la place de l’oxygène. Il en résulte un moindre taux d’oxygène dans le sang et au niveau des organes. Moins bien alimentés, ceux-ci ne peuvent travailler efficacement : c’est l’hypoxie. Pour contrer cet effet, la fréquence respiratoire augmente (on est plus facilement essoufflé lors d’un effort), la fréquence cardiaque et la pression artérielle augmentent, diminuant la capacité à l’effort et augmentant les risques pour le cœur et les vaisseaux.

Les additifs

Les additifs sont les substances ajoutées au tabac par les industriels. Les marques les utilisent selon des recettes qu’elles gardent le plus souvent secrètes. Différents arômes comme la vanille sont utilisés pour adapter le goût de la cigarette aux jeunes et aux fumeurs débutants. Le cacao servirait à dilater les voies respiratoires pour offrir à la fumée un accès plus facile aux poumons. Le génol et le menthol ont des vertus adoucissantes sur les voies respiratoires et masquent l’effet irritant de la fumée. Dans certaines cigarettes, l’ammoniac favoriserait l’absorption de la nicotine.

Qu’est-ce que la dépendance liée au tabac ?

Définition

On parle de dépendance lorsqu’il existe un besoin compulsif d'absorber une substance (drogue, alcool, tabac, etc.) pour en obtenir les effets souhaités ou pour faire cesser le malaise dû au sevrage.
La dépendance au tabac, c’est la perte de liberté de s'abstenir, c’est le besoin de fumer quelles que soient les circonstances.

Les fumeurs sont confrontés à trois types de dépendance :

  • La dépendance environnementale : elle dépend de la pression sociale et conviviale.
  • La dépendance psychique : elle est liée aux effets psychoactifs de la nicotine, c'est-à-dire que la nicotine agit sur le cerveau en générant du plaisir, de la détente, une stimulation intellectuelle, des actions anxiolytique, antidépressive et anorexigène.
  • La dépendance physique : elle se traduit en cas de quantité insuffisante de nicotine par une sensation de manque, de pulsion irrésistible à reprendre une cigarette, avec de la nervosité, de l'irritabilité.
Qu’est-ce qui rend dépendant dans le tabac ?

Dans le tabac la nicotine est le produit qui provoque la dépendance la plus importante. D’autres composés contenus dans la fumée de tabac y participent également.

Comment sortir de la dépendance ?

La dépendance physique, si elle est peu importante ne nécessite pas de traitement. Certaines thérapeutiques sont actives sur la dépendance physique quand celle-ci est forte. La lutte contre la dépendance psychologique et environnementale demande un apprentissage que l’on peut faire seul ou bien en suivant quelques conseils ou encore en se faisant aider par un professionnel de santé (médecin, tabacologue ou psychologue).

Les difficultés de l’arrêt

Le sevrage peut s’accompagner de trois sortes de difficultés :

  • Des symptômes physiques liés au manque de nicotine tels que l’irritabilité, la colère, l’anxiété, l’agitation, l’humeur dépressive, les troubles du sommeil, l’augmentation de l’appétit, les difficultés de concentration. Elles sont plus ou moins fortes selon le degré de dépendance physique. Importantes surtout au début de l’arrêt elles diminuent rapidement pour disparaître en quelques semaines. Les substituts nicotiniques (patch, gommes, comprimés à sucer, pastilles ou inhaleurs) et certains médicaments sur prescription médicale peuvent aider à vaincre les symptômes de manque de nicotine.
  • Des difficultés liées aux habitudes ou à l’environnement : un apprentissage de quelques semaines parvient souvent à régler ces difficultés
  • Des difficultés comportementales liées aux intérêts personnels perçus à l’usage du tabac : là encore, un apprentissage permet de modifier ses pensées vis à vis du tabac et ses comportements permettant de ne plus rechercher ces intérêts ou de les trouver autrement que par l’usage de la cigarette.
Le syndrome de manque

Le syndrome de manque est le résultat de la baisse brutale de la quantité de nicotine dans l’organisme en dessous d’un certain seuil auquel le fumeur s’est habitué : pulsions fortes à fumer, irritabilité, nervosité, agitation, perturbations de sommeil, humeur dépressive associée à une certaine somnolence et une certaine apathie, troubles de la concentration intellectuelle, variations de l’appétit.

Une pulsion à fumer peut être forte et fréquente, mais elle ne dure jamais longtemps. Dans une démarche d’arrêt, ces pulsions à fumer diminuent progressivement à la fois en fréquence et en intensité pour disparaître en quelques semaines (2 à 8 suivant l’importance de la dépendance physique de départ).

Au fil de ces semaines, les pulsions vont faire place à des envies moins fortes, moins violentes qui sont moins des symptômes de manque que le souhait de prendre une cigarette.

Enfin, après quelques mois d’arrêts ces envies vont disparaître et être remplacées par des pensées, sorte de souvenir nostalgique du plaisir d’une cigarette.

Les différents traitements et aides à l’arrêt du tabac

Les Traitements Substitutifs Nicotiniques (TSN)

Les Traitements substitutifs nicotiniques sont des médicaments à base de nicotine vendus en pharmacie sans ordonnance. Ils permettent de diminuer les symptômes de manque de nicotine que le fumeur peut ressentir au début de l’arrêt.
Il y en a de plusieurs formes : timbres (patchs) de différents dosages, gommes à sucer, pastilles à laisser fondre ou à sucer, inhaleur.

Il existe différents dosages afin d’adapter la dose au niveau de besoin de chaque fumeur (à la quantité de nicotine que le fumeur prend habituellement avec ses cigarettes) et de diminuer progressivement les doses afin de laisser le temps à l’organisme de se déshabituer.

Les timbres permettent de limiter voire supprimer tous les besoins de nicotine. Il n’y a pas de risque de dépendance au timbre grâce à leur diffusion lente et continue.
Les inconvénients sont essentiellement une intolérance cutanée à la colle ou à la nicotine et surtout un dosage mal adapté au besoin (insuffisant ou excessif).

Les gommes à la nicotine (Nicorette gommes, Nicotinell gommes, Nicogum)
Les gommes contiennent 2 ou 4 mg de nicotine quelle que soit la marque. La nicotine

sort ainsi progressivement de la gomme pénètre dans l’organisme par la muqueuse de la langue. La nicotine diminue ainsi l’envie de fumer. Les inconvénients viennent du goût pas toujours accepté. La nicotine a un goût poivré que les fabricants cherchent à masquer par des arômes différents : orange, menthe, fruit, réglisse. Afin de limiter ce goût, il faut sucer les gommes et non les mâcher.

Les comprimés sublinguaux à la nicotine dosé à 2mg (Nicorette microtab)
La nicotine sort ainsi progressivement du comprimé que l’on laisse fondre sous la langue ; elle pénètre dans l’organisme par la muqueuse de la langue. La nicotine diminue ainsi l’envie de fumer. Les inconvénients viennent du goût pas toujours accepté. En cas de délitement trop rapide, la nicotine déglutie pique la gorge, l’estomac, peut provoquer des hoquets

Les comprimés à sucer à base de nicotine (Niquitin comprimés à sucer 2 et 4mg, Nicopass 1.5 mg)
La nicotine sort ainsi progressivement du comprimé que l’on suce ; elle pénètre dans l’organisme par la muqueuse de la langue.

L’inhaleur (Nicorette Inhaleur) est composé de capsules contenant de la nicotine liquide et d’un tube en plastique dans lequel on insère la capsule. On aspire doucement une partie du liquide. La nicotine qu’il contient, pénètre ensuite dans l’organisme par la muqueuse de la langue. Il est possible de pratiquer plusieurs aspirations par capsule.

Les thérapies comportementales et cognitives

Rompre avec ses habitudes, vaincre son stress sans fumer, améliorer son moral autrement qu’en fumant : comment faire ?
Pour certains fumeurs, cela ne pose aucun problème. Leur motivation et/ou quelques moyens simples suffisent : boire un verre d’eau, respirer profondément, marcher ... Pour d’autres, cela est moins aisé. Il est alors nécessaire de se faire aider soit par son médecin généraliste soit par un tabacologue. Il apprendra au fumeur des techniques (Les thérapies comportementales et cognitives) lui permettant de modifier son comportement et ses habitudes face à l’envie de fumer. 

Les psychotropes

Le Bupropion (Zyban®) agit spécifiquement sur le système nerveux en diminuant l’envie de fumer et les effets du syndrome de manque. Il doit être utilisé en complément des autres aides à l’arrêt. La varénicline (Champix®) agit en prenant la place de la nicotine au niveau des récepteurs cérébraux. Des effets secondaires indésirables (troubles dépressifs, accidentss cardiaques, diabète) réduisent son utilisation.
Ces deux médicaments ne peuvent être utilisés  que sur prescriptions médicale en raison de leurs contre-indications et précautions d'emploi.

L'interdiction de fumer dans les entreprises

Le décret n°2006-1386 du 15 novembre 2006 abroge et remplace le décret n°92-478 du 29 mai 1992. Il rappelle et précise l’étendue du principe, déjà acté précédemment, d’interdiction de fumer dans les lieux affectés à un usage collectif.
Ce principe s’applique à l’ensemble des entreprises à compter du 1er février 2007. Compte tenu de leur activité, les débits de tabac, casinos, cercles de jeux, discothèques, hôtels et restaurants, disposent d’un délai supplémentaire, soit jusqu’au 1er janvier 2008 pour appliquer le principe d’interdiction de fumer.

Un champ d’application renforcé de l’interdiction de fumer

Comme précédemment, il n’est pas possible de fumer dans les lieux fermés et couverts affectés à l’ensemble des salariés tels que les locaux d’accueil et de réception, les locaux affectés à la restauration collective, les salles de réunion et de formation, les salles et espaces de repos, les locaux réservés aux loisirs, à la culture et au sport ou encore les locaux sanitaires et médico-sanitaires. S’agissant des bureaux, toute personne - le salarié, ses collègues, les clients ou fournisseurs, les agents chargés de la maintenance, de l’entretien, de la propreté, ... - doit pouvoir être protégée contre les risques liés au tabagisme passif, que l’occupation des locaux par plusieurs personnes soit simultanée ou consécutive. Il s’agit de tenir compte de la réalité des entreprises dans lesquelles, de fait, les locaux, y compris les bureaux individuels, ne sont jamais uniquement occupés par un seul salarié. C’est pourquoi l’interdiction s’applique dans les bureaux collectifs comme dans les bureaux individuels.
Le principe d’interdiction de fumer fait l’objet d’une signalisation apparente et conforme à l’arrêté du ministre chargé de la Santé.

La responsabilité de l’employeur 

Une obligation de sécurité de résultat incombe à l’employeur vis-à-vis de ses salariés, en ce qui concerne leur protection contre le tabagisme passif dans l’entreprise. Il doit respecter et faire respecter les dispositions du code de la santé publique. De ce fait, repose sur lui la responsabilité de mettre en œuvre l’interdiction de fumer dans l’entreprise et de la faire respecter. Il dispose pour ce faire de son pouvoir d’organisation au sein de l’entreprise corrélé, au besoin, de son pouvoir disciplinaire. En cas de manquement à ses obligations mentionnées dans le décret, l’employeur encourt des sanctions pénales.

La mise à disposition d’emplacements réservés aux fumeurs

La mise à disposition de tels emplacements est une simple faculté et nullement une obligation. Le décret détermine, aux articles R. 3511-2 à R. 3511-4 du code de la santé publique, les conditions auxquelles doivent répondre les locaux réservés aux fumeurs. (porte à fermeture automatique, mise en dépression du local, interdiction d'entrer dans la pièce une heure après dernier fumeur...)
Ces conditions visent à s’assurer que des non fumeurs - qu’ils soient salariés, prestataires de services, agents d’entretien ou de maintenance - ne puissent être exposés à la fumée de tabac - très volatile -. Il s’agit d’assurer les conditions permettant à l’employeur de remplir son obligation de sécurité de résultat en la matière. C’est pourquoi il est demandé que l’efficacité du dispositif de renouvellement d’air du local fumeur soit attestée par l’installateur ou la personne chargée de la maintenance, conformément à la nouvelle disposition introduite par l’article R.3511-4 du code de la santé.
Le responsable des lieux est tenu de faire procéder à l’entretien régulier du dispositif de ventilation. Un message sanitaire de prévention, conforme à l’arrêté du ministre chargé de la Santé, doit être apposé à l’entrée du local réservé aux fumeurs.

La procédure de mise en place d’un emplacement fumeurs

Le décret prévoit une consultation du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) au moment où l’employeur projette de mettre en place un local pour les fumeurs. En l’absence de CHSCT, cette consultation s’exerce auprès des délégués du personnel et du médecin du travail. Ces consultations doivent être renouvelées tous les deux ans dans le cas où un emplacement "fumeurs" a été créé.
Le texte réaffirme donc l’importance du dialogue social avec les différents acteurs de l’entreprise, et notamment les représentants du personnel. Ce dialogue doit, certes, permettre de réaliser les aménagements nécessaires à la mise à disposition éventuelle d’un local "fumeurs", dans un premier temps, mais doit aussi être l’occasion d’évoquer la mise en place d’actions d’information, de sensibilisation et d’accompagnement des fumeurs à plus long terme.
Une circulaire du ministère de l’Emploi du 24 novembre 2006 (J.O. du 5 décembre 2006) précise les modalités d’application du décret dans les entreprises.

Pour en savoir plus sur le tabac au travail

Date de mise à jour : février 2009

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