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Etablissement de santé

Dossier réalisé par : Docteur A. Gueudet médecin du travail
Mise à jour Docteur H. Carlier médecin du travail

 Les établissements de santé, qu'ils soient publics ou privés, ont pour buts : les examens de diagnostic ainsi que le traitement et la surveillance des malades.

Leur caractéristique est qu'ils s'occupent de l'homme.

Cela donne à leurs emplois une dimension morale et philosophique particulière et procure aux personnes qui y travaillent, par interactions, des retentissements psychologiques et une charge mentale importants.

Outre ces composantes inhabituelles, les risques sont présents : qu'ils soient chimiques, physiques, essentiellement par rayonnements, infectieux, ou accidentels.

Sommaire

Risque chimique en établissements de santé

Circonstances de survenue

Les établissements de santé utilisent de très nombreux produits chimiques.

  • Dans les services de soins : pour le traitement des malades, comme lors du nettoyage et de la désinfection des locaux, ou des instruments.
  • Ainsi que lors des activités techniques : des laboratoires d'analyses, à l'imagerie médicale.

La pénétration du toxique dans l'organisme se fait surtout par la respiration, par la peau, mais aussi lors du port des mains souillées à la bouche.

Nature du risque

Dans les services de soins, le risque chimique vient des médicaments :

  • Par exemple, l'utilisation de certains antibiotiques, tels la pénicilline, la streptomycine, les céphalosporines, peut être le point de départ d'allergies.

D'autres substances sont à noter,

  • comme les gaz anesthésiques au bloc opératoire ou en salle de réveil ; ainsi que les produits anticancéreux (cytotoxiques).

Mais il vient aussi de l'utilisation

  • des antiseptiques, des désinfectants, souvent à base d'aldéhydes et de dérivés chlorés ; ainsi que des produits de stérilisation à froid tel l'oxyde d'éthylène, l'acide peracétique.

Dans les services médicotechniques, les laboratoires d'anatomopathologie, où l'on étudie les biopsies,

  • utilisent l'aldéhyde formique (formol) pour la conservation des prélèvements et des organes ; et on y trouve encore, pour la nécessité des examens, des solvants benzéniques et du toluène, de façon très réglementée.

Enfin, il ne faut pas oublier l'omniprésence du latex, par le port de gants et sa présence dans les nombreux matériels médicaux.

Conséquences sur la santé

Elles dépendent des caractéristiques du produit, des circonstances d'exposition, de la susceptibilité individuelle de la personne exposée.

Le mécanisme allergique va de l'irritation ou de la sensibilisation (conjonctivale, ORL, broncho-pulmonaire, cutanée), à l'allergie locale lors de la manipulation, jusqu'à l'intolérance générale risquant d'aboutir au gravissime choc anaphylactique.

Les gaz anesthésiques peuvent provoquer des troubles neurologiques mineurs (maux de tête, nausées, fatigabilité, somnolence) et avoir une toxicité pour le foie.

Ils sont également soupçonnés de risque d'avortement spontané et de déclenchement de cancer. (Halothane)

D'autres produits sont présumés ou reconnus cancérogènes ou d'être à l'origine d'anomalies chez l'embryon ; nous citerons :

  • les médicaments anticancéreux,
  • l'oxyde d'éthylène utilisé pour la stérilisation à froid,
  • et les substances présentes dans les laboratoires d'anatomopathologie dont les solvants ou l'aldéhyde formique.

Moyens de prévention

Le nombre de produits utilisés en milieu de soins est très important. Il faut différencier la notion du danger de celle de risque.

En effet, pour un même danger, le risque peut être fonction de la durée d'exposition, de la relation effet-dose, et de l'efficacité de la protection.

D'où l'importance de la prévention. La prévention se fera d'une manière collective par :

  • Le recensement des produits, des quantités consommées ;
  • L 'étiquetage, le répertoire des produits ;
  • Leur classification en irritants, caustiques, allergisants, toxiques, nocifs, cancérigènes ;
  • Les renseignements par la bibliographie et les bases de données les concernant ;
  • L 'identification de tous les composés d'un mélange ;
  • La connaissance des potentialisations possibles par association de produits ;
  • La recherche du produit le moins toxique pour une efficacité similaire ;
  • Le respect des valeurs limites d'exposition (VLE : concentration atmosphérique d'un polluant mesurée sur une courte période de 5 mn) et des valeurs moyennes d'exposition (VME : concentration atmosphérique d'un polluant mesurée sur 8 heures) ;
  • La formation des utilisateurs, leur information ;
  • L 'agencement des locaux, l'aération, la ventilation,
  • La maintenance des installations, le travail en vase clos,
  • La robotisation des matériels, la captation des produits dangereux à la source d'émission,
  • L 'utilisation des hottes d'aspiration adaptées ;
  • La collecte et l'évacuation des effluents liquides et des déchets.

S'y ajoute l'utilisation de protections individuelles par :

  • Le recours au matériel à usage unique.
  • L 'interdiction du pipetage à la bouche.
  • Le port de gants, de masques, de lunettes, de blouses.

Enfin, en application du décret sur les risques chimiques du 23 décembre 2003 (Décret N° 2003-1254), l'employeur qui ne peut ni réduire suffisamment ni supprimer le risque d'exposition devra :

  • Etablir une notice pour chaque poste de travail.
  • Respecter les obligations spécifiques d'entretien et de vérification des EPI et appareils de protection collective.
  • Prendre des mesures régulières de concentration des agents chimique.

En cas d'exposition aux agents chimiques très toxiques (T+, T, Xn, C, Xi) il devra en plus :

  • Tenir une liste à jour des travailleurs exposés.
  • Etablir une fiche d'exposition pour chaque travailleur exposé.
  • Réclamer au Service de Santé au Travail une SMR : Surveillance Médcicale Renforcée pour ces salariés.
  • Remettre une attestation d'exposition aux salariés quittant l'établissement.

Risque dû aux rayonnements en établissements de santé

Circonstances de survenue

Les rayonnements ionisants (propagations d'énergies produites par transformations d'atomes), dont les rayons X, peuvent être utilisés dans le but d'identifier une maladie (radiodiagnostic) ou de la traiter (radiothérapie).

Les rayons LASER, qui ne sont pas des rayonnements ionisants, mais des Lumières Amplifiées par Stimulation d'Emissions de Radiations, sont utilisés en médecine pour leur précision et leur dégagement important de chaleur.

Nature des risques

Les rayonnements ionisants peuvent provenir : de sources qualifiées de fixes ou facilement délimitables, comme les appareils de radiologie ou de sources dites non scellées, donc présentant un risque plus grand de dispersion, comme certains radioéléments sous forme liquide, tel l'iode radioactif.

On comprendra que, selon le type d'exposition, l'irradiation puisse être externe, ou interne, ou mixte. Quant aux lasers, le risque dépend du trajet du faisceau et surtout de ses possibilités de réflexion.

Conséquences pour la santé

Les rayonnements ionisants, reçus en doses trop importantes, peuvent créer : des lésions de la peau, des atteintes sanguines graves, des cancers. Avec les lasers ce sont surtout les lésions visuelles qui sont à craindre si le rayon atteint la rétine.

Moyens de prévention

La prévention collective

Se fera par Le Chef d'Etablissement nommera et formera à la radioprotection une personne Radiocompétente. Cette personne aura pour mission notamment :

  • la surveillance du matériel et sa vérification à date fixe ;
  • la conception de locaux particuliers, avec parois et vitres plombées ;
  • de définir les zones d'exposition, les personnes ayant un accès autorisé dans ces zones
  • la formation des personnels, qui sont souvent des techniciens diplômés ;
  • leur information en lien avec le médecin du travail dont bénificieront au maximum tous les trois ans les personnes susceptibles d'être exposées.
  • les consignes de sécurité ;
  • la signalisation des risques, l'utilisation de sigles spécifiques tels les pictogrammes rayonnements ionisants ou laser
  • le classement des agents exposés en catégories particulières dans le but d'une surveillance médicale.
La prévention individuelle

Des rayonnements ionisants prendra en compte :

  • le port de tabliers plombés,
  • de protège thyroïde,
  • l'éloignement de la source,
  • l'utilisation de dosimètres passifs et de la dosimétrie opérationnelle.

Pour se protéger des rayons Laser

  • des lunettes spécifiques seront choisies en fonction
  • de la longueur d'onde et
  • de la puissance du rayonnement.

Risque infectieux en établissements de santé

Circonstances de survenue

Le risque infectieux est surtout présent dans les services de soins, dans les laboratoires de bactériologie ; que ce soit au contact direct ou indirect des malades.

Mais la propagation des germes peut également se faire entre le personnel soignant, ainsi que par les systèmes de ventilation, de canalisation, par l'eau...

La contamination se réalise par voie aérienne, par les mains sales, par le sang ou les liquides biologiques, les selles, par des voies mixtes.

Nous ferons une place particulière aux accidents avec exposition au sang.

Nature du risque

De nombreux germes sont présents dans les milieux où l'on s'occupe de la santé. Ces micro-organismes comprennent notamment :

  • les virus,
  • les bactéries,
  • les champignons,
  • les parasites.

Les infections bactériennes et virales sont les plus fréquentes.

Conséquences pour la santé

En secteur de soins, les principaux risques pour la santé sont des infections ou des risques iiés aux toxines produites par les micro-organismes. Il ne faut cependant pas méconnaître le risque d'allergie à certains éléments (allergie aux accariens) et le risque de cancer (cancer du foie après infection par les virus de l'hépatite B ou C par exemple).

Les conséquences pour la santé vont :

  • des répercussions pour les sujets soignés, qui peuvent contracter des maladies nosocomiales, sans rapport avec la pathologie pour laquelle ils sont hospitalisés mais dues à leur séjour en milieu de soins ;
  • aux risques de transmissions vers le personnel soignant, par communication :
    • de maladies virales : Conjonctivites, Hépatite B, Hépatite C, SIDA,
    • d'infections bactériennes par : Staphylocoques, streptocoques, pneumocoques, méningocoques et autres, sans oublier la tuberculose,
    • d'affections dues à des parasites ou des champignons.

Moyens de prévention

La prévention collective :
  • des locaux adaptés par leur architecture, leur hygiène,
  • une adéquation entre le cubage d'air et le nombre de personnes ;
  • un traitement de l'air par des filtres pour éviter la propagation microbienne,
  • des analyses bactériologiques et parasitologiques de l'air, de l'eau, des parois, des plans de travail ;
  • l'isolement des patients infectés et contagieux ;
  • les robinets à commande manuelle ;
  • le respect des consignes pour la manipulation , le classement, et le traitement des déchets, qu'ils soient anatomiques ou d'activités de soins, ainsi que pour le linge sale ; l'utilisation systématique de matériels adaptés et de matériels de sécurité pour la prévention de la contamination par le sang et les produits biologiques ;
  • l'obligation de vaccinations à jour.
  • La formation du personnel et son information sur les risques, mais aussi des patients et visiteurs.
La prévention individuelle :
  • Les vestiaires séparés entre les vêtements de ville et les vêtements de travail,
  • les tenues vestimentaires spécifiques et adaptées,
  • le port de surblouses de protection ,
  • masques
  • gants,
  • lunettes, visières.
  • Le lavage des mains selon les recommandations des bonnes pratiques :
    • lavage simple,
    • lavage antiseptique lors de tout examen à risque,
    • ou encore le recours aux solutions hydro-alcooliques, mais uniquement sur mains sèches, saines et sans souillure apparente.
  • Risque accident en établissements de santé

Circonstances de survenue

Deux grandes catégories d'accidents sont rencontrés en milieux de soins : ceux dus aux efforts physiques, et ceux dus à une exposition au sang ou à un liquide biologique.

La manipulation et les déplacements de personnes malades sont fréquents, que ce soit pour raison diagnostique, pour raison thérapeutique, ou tout simplement pour le confort de patients alités ou au fauteuil. S'y ajoutent des manutentions pour le nettoyage, le port de linge, l'hôtellerie, le travail avec des machines d'entretien, de traitement, de diagnostic.Les accidents avec exposition au sang (A.E.S) résultent de la pénétration dans l'organisme du soignant, d'une certaine quantité de sang ou de produit biologique contenant du sang provenant d'un soigné (sujet source), par contact avec une peau lésée, une muqueuse ou encore par piqûre, par coupure.

Nature du risque

Les déplacements, souvent lourds, souvent répétitifs, sont source d'accidents de manutention.

Les accidents avec exposition au sang exposent aux bactéries et surtout aux virus.

Conséquences sur la santé

Les accidents de manutention entraînent des troubles musculo-squelettiques (T.M.S) essentiellement au niveau de la colonne vertébrale : lumbago, sciatique, névralgie cervicobrachiale, et des membres supérieurs : tendinite, canal carpien.

Les accidents avec exposition au sang font craindre la transmission de l'Hépatite B, de l'hépatite C, du SIDA.

Le risque de transmission du virus de l'Hépatite B est de loin le plus important, beaucoup plus que celui du VIH (SIDA), plus celui de l'Hépatite C.

Moyens de prévention

On préviendra les risques dus à la manutention par

  • l'adaptation architecturale des locaux et l'organisation du travail,
  • mais aussi et surtout par l'utilisation facilitée de systèmes spécifiques à la manipulation et au levage des malades :
    • lits réglables, avec potence, matériels roulant, lèves malades, etc...
  • le personnel doit être formé :
  • et être vêtu d'une tenue appropriée à une liberté de mouvements.

On évitera les accidents avec exposition au sang

  • en respectant les précautions générales d'hygiène en se servant de matériels adaptés et sécurisés pour les prélèvements et les actes engendrant un contact à risque avec le sang ou un produit biologique,
  • ainsi que pour l'élimination des déchets : aiguilles, lames coupantes, tubulures, prélèvements, compresses salies, etc...
  • en portant : des gants, lunettes, visières.


Rappelons que la vaccination contre l'Hépatite B est obligatoire pour les salariés de professions médicales et paramédicales et qu'en cas d'accident avec exposition au sang une procédure doit être affichée, connue et appliquée.

N'hésitez pas à contacter votre médecin du travail.

Dernière mise à jour : novembre 2009

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